La parole a d’emblée le statut d’une création qui met en jeu le sujet. Alors que le langage est une abstraction et qu’une langue est une construction culturelle, la parole, elle, s’entend comme émanation, à l’intérieur des dispositifs de la langue, d’une subjectivité. Par ailleurs, elle se couple à une autre subjectivité à laquelle elle est précisément destinée, ce qui lui donne une portée moins universelle que, par exemple, l’écriture qui est moins une adresse aux autres (intersubjectivité) qu’une adresse à l’Autre (universalité). Cette présence du sujet dans la parole s’accompagne de tous les ressorts de la communication : les contextes de parole (position institutionnelle du locuteur) et les modalités psychologiques d’énonciation (position subjective du locuteur) peuvent interférer avec, voire transformer, le sens des énoncés.
Certains philosophes (Socrate ; Rousseau) pensent que la parole, étant au plus près de la subjectivité, est, de droit, au plus près de la vérité. Mais d’autres (Derrida) pensent que cette même proximité la disqualifie au regard de la vérité, au titre de présence à soi ; aussi préfèrent-ils un langage plus distancié de la subjectivité émettrice, un langage moins prisonnier d’une situation d’énonciation qui peut être une position de pouvoir pour entendre quelque chose de la vérité.
La parole n’est pas vraiment une question philosophique majeure, sauf pour Socrate, Rousseau et les philosophes contemporains. En revanche, Marivaux met en scène le pouvoir du mensonge, du double discours, des non-dits, des apartés, et joue des ambiguïtés et autres amphibologies* du langage. On retrouve cette idée chez Verlaine, mais la parole poétique pose une autre question : sa valeur émotive et musicale d’une part ; un contenu qui peut dénoncer les mensonges, d’autre part.
Enfin, il y a la parole performative, celle qui est un acte : en dehors d’un « Bonjour » ou d’une déclaration de guerre, il y a, selon la bible, la parole créatrice de Dieu. Mais l’humoriste argentin Quino met en scène la parole performative d’une manière plus ironique et, paradoxalement, sans parole.